ERIC MONBEL

Publié le 6 Août 2012

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Encre de Chine sur papier Arches, 41×31 cm, 2012.

 

Article et propos recueillis par Jeanne Aléos

 

C’est dans l’alcôve du Poulailler, du 15 septembre au 15 octobre, qu’Eric Monbel présentera ses dessins à l’état brut.

Artiste peintre et dessinateur ancré depuis toujours à Lille, il enseigne à la faculté de Valenciennes, en dehors de quoi il se livre à sa pratique personnelle, la peinture et le dessin.

Dans le cadre de cette exposition, il présente, pour la première fois, ses dessins, linogravures, encres et monotypes et nous fait ainsi pénétrer dans l’antre de son atelier. Constitués au fil du temps, sans couleurs, les plus anciens de 20 ans, côtoieront les plus récents, avec des tailles allant du format A3 à 2m sur 1m50 !

Artiste figuratif contemporain, Eric Monbel conçoit le dessin, à son échelle, comme une phase d’apprentissage, un champ d’expérimentation. Avec notamment pour but de transposer un savoir-faire du dessin dans la peinture (les tensions dans la forme, l’évacuation de toute mollesse dans un bras ou une tête, etc.). « Le dessin permet un geste plus direct, un trait incisif. Dans la pratique que j’en fais, il me sert à faire des gammes, que je mets au service de ma peinture ».

Pour dessiner, il s’équipe d’une pierre noire (aux noirs puissants). Ou encore d’une mine de plomb. Voire d’encre de chine, avec un principe de couches, où il utilise alors 3 pots dilués différemment pour avoir des noirs profonds. Il appose une couche, puis une autre, et entre chacune d’elles tamponne avec un papier absorbant. « J’essaye de travailler les lumières, du blanc au noir le plus profond, jusqu’à avoir les contrastes et la lumière qui me conviennent ».

Parmi ses thématiques fortes qu’il ne cesse de visiter, il y a les portraits (en peinture). Et la guerre. « J’essaye de ne rien inventer. Ca ne m’intéresse pas. Je préfère viser quelque chose qui soit fort ». En quête de puissance et présence dans la peinture, il peint à l’échelle 1 car « si je rétrécis la personne, je ne peins pas ce que j’ai devant moi ». Ses personnages sont souvent dans une posture d’immobilisme, d’ennui ou de sommeil, et placés dans un cadre où le décorum se fait secondaire, voire absent. « J’essaye de vider, pour ne pas perturber le regard. Que l’on soit plus intéressé par le portrait que par le dessus de cheminée derrière ». C’est lui qui choisit la pose. « Je ne fais pas un portrait psychologique. Je ne veux pas un visage de face. Par contre, les ¾ face m’intéressent beaucoup. Il y a un endroit dans l’atelier où il y a une lumière que j’aime, et qui permet un travail de clair obscur ».

Parmi ses portraits, on trouve des autoportraits, sa compagne, leur fille, des amis, son père. « Pour peindre un modèle en peinture, j’ai besoin d’instaurer une certaine confiance, d’avoir un certain affect, et donc de connaître un minimum la personne ».

Parfois, les gens n’ont pas le temps de poser plus d’une heure ou deux. « Je peins alors tout ce qui est corps : le visage et les mains. Et je fais une photo pour leur éviter de revenir. Mais la photo ne me sert que pour la tenue vestimentaire. Comme Courbet ou Freud avaient pour habitude de le faire ».

A la fac, à son époque, on ne donnait ni de cours de modèles vivants, ni de peinture à l’huile. « On ne nous enseignait aucun pré requis technique. Pourtant, Andy Warhol dessinait extrêmement bien avant de se lancer dans la sérigraphie. Tout comme Picasso a peint de manière réaliste avant d’engager le cubisme et un travail conceptuel ». Il s’achète alors des tubes de peinture à l’huile et des livres de techniques et se met à recopier Le Caravage, Terbrugghen, etc. Jusqu’au moment où en recopiant le magnifique Saint Sébastien de Terbrugghen, les limites de la copie ont été atteintes, le sujet religieux n’étant pas sa tasse de thé. S’est alors posée la question philosophique : « mais où je suis, moi, dans tout cela ? ». Et c’est par hasard, en regardant les informations en 1991, au moment où la guerre de Yougoslavie éclate, que le déclic se fait. Dans un reportage, on voit un blessé et une infirmière, qui s’apparentent à Saint Sébastien et Sainte Irène dans le tableau de Terbrugghen.

De là découle l’autre sujet de prédilection d’Eric Monbel, celui de la guerre. Avec toujours ce lien, émotionnel, familial. Celui ici des grands parents et arrières grands parents ayant connu la première et la deuxième. « Je suis dans une région où l’on vit dans le souvenir des guerres. Il suffit de se promener pour tomber sur des stèles, des cimetières anglais, écossais. Mais comment aborder quelque chose que l’on n’a pas vécu ? »

Héritier de Lucian Freud (pose dans l’atelier, travail de la peau) dont il ne se cache pas, Eric Monbel affectionne aussi John Currin (portraits), ainsi que Gerhard Richter (actuellement à Beaubourg, jusqu’au 24 septembre) « Comme j’aime les formes d’art loin de moi tel que Giuseppe Penone (Arte Povera) ».

Représenté par la galerie Quest21 pour sa peinture, Eric Monbel expose donc pour la première fois au Poulailler un travail intime, resté jusqu’alors dans la sphère personnelle. On trouve aussi quelques uns de ses tableaux déposés au fond de l’artothèque de Lasécu à Lille. L’occasion de faire entrer dans son quotidien une œuvre de son choix, chez soi ! En attendant, c’est au Poulailler que ça se passe !

 

Exposition d’Eric Monbel

Du 15 septembre au 15 octobre 2012

Le Poulailler - renseignements : thepoulailler "at" yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Rédigé par LE POULAILLER

Publié dans #2012

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