" ESTAMPES "

Publié le 25 Janvier 2012

Tenant plus du laboratoire que de la traditionnelle galerie, Le Poulailler a choisi pour son ouverture 2012 « Estampes ».

Une exposition d’eaux-fortes* et de xylographies** un ensemble de gravures proposé par Élodie Weyne. En observant certains de ses tirages, le regard est de suite attiré par la qualité du tracé, les subtilités du trait, les nuances des effets données dans ce travail. Le charme que possède la gravure a sans doute conduit cette jeune artiste à faire de ce procédé de production particulier son mode d’expression privilégié.

Ce n’est pas seulement le résultat des moyens techniques ici convoqués qu’il faut complimenter mais également les thèmes abordés par Élodie Weyne que nous pouvons apprécier. Avec différents formats, les motifs sont présentés avec une surprenante qualité technique, ils rejouent sur différents supports, les apparences, les tonalités. Élodie  Weyne suggère ainsi différentes perceptions, la faculté narrative de ses images y est augmentée et la nature de la gravure s’en trouve plus tangible.

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Nous (les membres de l’association Le Poulailler) nous sommes tournés vers une de ses enseignantes à L’UVHC (Université de Valenciennes), Michèle Panier-Herbin qui avait suggéré à Élodie de nous contacter pour connaître davantage cette artiste. Voici quelques unes des réponses que nous vous communiquons pour que vous puissiez avoir un aperçu de la démarche de cette créatrice d’estampes.

-          Le Poul : Depuis combien de temps connais-tu Élodie Weyne et quelles sont les raisons qui t’ont conduite à l’encourager à exposer ?

-          M. P-H : J’ai rencontré Élodie à Valenciennes dès sa première année de Licence au département Arts Plastiques, j’ai suivi son parcours en licence2 et 3 enfin je l’ai retrouvée en master2 Recherches sur un module de travail plastique l’année dernière. Ces 5 années de développement des jeunes étudiants sont formidables à observer; les qualités pressenties en première année qu’on peut voir se confirmer et se concrétiser sont une gratification pour les enseignants et surtout très revigorants pour les autres étudiants. Il en est de même je crois, pour tous les enseignants, où qu’ils soient.

C’est à ce moment là que se sont dégagées les nécessités d’exposer ses réalisations, ce qui a eu pour effet immédiat pour elle d’envisager autrement sa pratique, et que l’idée de passer aux combinatoires, (matériaux outils gestes et supports) a dynamisé son travail. Ses recherches se sont ainsi ancrées dans une pratique qui a exigé beaucoup de tentatives, beaucoup de ténacité, et c’est une des  qualités d’Élodie que d’être exigeante.

-          Le Poul : Les thèmes abordés semblent déjà bien affirmés dans ses xylographies et ses eaux-fortes, plusieurs séries seront d’ailleurs visibles au Poulailler. Ces thèmes sont-ils à l’origine du regard que tu peux avoir sur le travail plastique d’un de tes étudiants ? Les planches en gravure permettent une multiplication de tirages, la technique mise en œuvre est très maîtrisée, c’est l’ensemble de ces remarques qui guident aussi ton attention lorsque tu es en présence de son travail ?

-          M. P-H : Tu parles de maîtrise et de thèmes dans les séries.  Concernant la maîtrise de sa technique, je n’y suis pour rien, c’est son envie initiale de travailler par ce médium qui l’a conduite à graver, et plutôt bien, en revanche ce que nous (les enseignants du dép de Valenciennes) souhaitons pour nos étudiants, c’est la ténacité de chacun d’eux dans le travail, qu’ils produisent et en très grande quantité, que le sens que peuvent prendre leurs réalisations ne se réduisent pas à un discours, mais soient le support à des échanges et des regards sensibles. Les thèmes que choisit Élodie sont les résultats de ses recherches et ne se limitent heureusement pas à des réponses aux propositions que nous leur faisons. C’est tout l’enjeu de ce master recherche en art, et elle y parvient fort bien.

-          Le Poul : Nous examinons les gravures, nous avons lu dans un article qui lui a été consacré en avril dernier au moment d’une exposition au département d’art de Valenciennes, que ces portraits gravés sont également le fruit d’une recherche de photographies. Issus, entre autre, d’anciens albums photos, ces visages sur lesquels nous posons le regard, renvoient à une réalité différente, une présentation, un temps qui paraît lointain et cependant nous attirent par leur rapport à une intimité. La sensibilité, inscrite dans les planches gravées que nous allons pouvoir apprécier, comme marqueur du temps ou une biographie imaginaire, un miroir renvoyant à nos albums de famille respectifs, est-ce cette sensibilité là que tu retiendrais dans les tirages proposés par Élodie Weyne ?

-          M. P-H : Oui, tout est dit dans ta question. Merci, pour cette question j’aurais pu rester brève, cependant c’est ici que je vais affirmer ce que je pense du travail d’Élodie.

Il se trouve que ces photos qui racontent des histoires, qui parlent de minuscules événements, comme prendre un bateau sur le Saint Laurent, me touchent particulièrement. Autant pour l’apparente maladresse de cadrage qui renvoie à l’album intime que par les lieux où se sont produits ces dits épisodes familiaux. Tous les ingrédients qui touchent l’humain au profond autant qu’à l’intellect, sont ici présentés. C’est la gravure de photographies de personnes inconnues qui sont loin dans le temps : nostalgie ? Loin dans le pays : mais proches ? Et ce goût de déjà vu qui nous rapproche tous, qui m’ont particulièrement émue, avec l’envie d’en posséder plusieurs, chez moi et aussi les offrir* à mes amis, afin que comme je le ferai avec un de mes livres d’images (mes photos de famille) je revive ces instants figés, témoins d’un bonheur arraché au quotidien, avec l’évidente contradiction de la pratique de la  gravure qui prend tant de temps. Vrai travail sur des images qui semblent légères.

* C'est ainsi que des gravures tirées de la même narration sont à Madrid à Lamalou-les-Bains et à Lille.

-          Le Poul : Au geste photographique passé, Élodie Weyne a ajouté celui du graveur, elle nous donne l’occasion, dans sa présentation appelée « Estampes », d’en apprécier toute sa maîtrise. Ce procédé devenu mineur depuis des décennies, redevient-il plus prisé pour des étudiants en arts, la possibilité d’une pratique pouvant révéler une démarche plastique ?

-          M. P-H : En effet tu relèves que cette technique est devenue mineure, sans doute faut-il invoquer des questions économiques, autant du côté des ateliers des universités ou écoles d’art, même si le département de Valenciennes est assez bien équipé en gravure, n’en demeure pas moins un vrai souci d’espace, pour graver et tirer ses impressions, les sécher,  parfois la place manque, et du côté des étudiants il faut préciser que cette technique est très coûteuse, investissement des outils, des plaques, des encres et des supports, essais nombreux. Toutes ces raisons combinées ne les encouragent pas à se lancer dans cette pratique. C’est assez remarquable d’ailleurs qu’Élodie s’y soit tenue mais je sais qu’elle a toujours travaillé en parallèle de ses études pour palier des difficultés financières qui se seraient présentées et je me souviens de son sentiment de triomphe quand elle a acheté sa presse l’année dernière. Par cette acquisition lourde elle a confirmé son choix de plasticienne, c’est enfin l’ensemble de toutes ces années d’études, les regards croisés des enseignants mais aussi des étudiants qui amènent certains d’entre eux à développer leur démarche nécessairement très personnelle.

  

* eaux-fortes : Le terme d'eau-forte désigne l'acide lui-même, puis s'applique à la technique et même à son résultat. Il s'agit toujours de gravure en creux.

** xylographies : Art de graver sur bois.

Rédigé par LE POULAILLER

Publié dans #2012

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